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Centre d'Enseignement de Théologie à Distance

Art et méditations

Une guérison un jour de sabbat

Publié le Mercredi 20 janvier 2010

 

Giusto de Me’nabuoi, en.1320 – 1391, Jésus fait des miracles, 1376-1378. Baptistère du dôme de Padoue

Giusto de Manabuoi est surtout connu pour les fresques qu’il a réalisées dans le baptistère du dôme de Padoue. Elles furent exécutées entre 1376 et 1378, sur la commande de Fina Buzzaccarini, la femme de de Francois de Carrare qui y est enterrée.

Giusto de Manabuoi a travaillé dans le cercle des peintres proches de Giotto dont il adopté certains aspects de stylistiques et techniques, comme l’abandon de la préparation à la terre verte pour obtenir des effets de couleur plus souples et plus lumineux.

Il a réalisé de nombreuses fresques notamment dans l’abbaye de Viboldone près de Milan, où son Jugement Dernier est bien connu. Puis vers 1370 il orne de fresques la chapelle de Saint Augustin dans l’église des Ermites, et décore le baptistère de Padoue.  : épisodes de l’Ancien Testament et du Nouveau testament, remarquables par leur sobriété narrative et leur solennité liturgique

Giusto de Manabuoi eut un rôle important d'intermédiaire entre l'art florentin postérieur à Giotto et l'art septentrional de la seconde moitié du siècle, avec l’apport d’une nette clarté narrative

On admire sa pureté formelle abstraite, encore florentine, et une important synthèse architectonique de l’ensemble des détails qui fait ressortir un coloris d’émail. La coupole est consacrée à une représentation du Paradis et des scènes de l’Ancien Testament qui ont une rigoureuse symbolique théologique.

Les scènes du Nouveau Testament sur les murs ont une stylistique plus détendue. On y retrouve des affinités avec la curiosité descriptive, psychologique des artistes nordiques

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Dans cette lumineuse présentation de Jésus guérissant le jour du sabbat, Manabuoi représente la scène sur un arrière plan architectural renaissant caractéristique de Florence, portique avec perspective de voûtes, et bâtiment aux fenêtres encore moyennageuse. Jésus se dresse grand et imposant au milieu de la foule. Son vêtement ample, aux bleus dégradés contraste avec le reste des personnages qui l’écoutent. Son visage auréolé se veut puissant, et les gestes de ses mains à la fois évoquent l’accueil et aussi l’autorité.

Le malade est juste devant lui avec son bras atrophié,il regarde ailleurs ; est-il vraiment l’objet premier de l’intervention de Jésus ? La foule écoute Jésus, d’un côté les habitants massés, il semble qu’un autre malade sur les genoux de son père est amené à Jésus. Mais de l’autre côté les personnages sont moins nombreux : s’agit-il des scribes et des pharisiens, qui, avec leurs beaux vêtements, agitent les mains pour défier Jésus ? Lui reste calme et annonce la nouvelle loi toute tournée vers l’amour au-delà des différents procès qui lui seront faits.

Le texte biblique

 

 Une autre fois, Jésus entra dans une synagogue ; il y avait là un homme dont la main était paralysée.

On observait Jésus pour voir s'il le guérirait le jour du sabbat ; on pourrait ainsi l'accuser.

 Il dit à l'homme qui avait la main paralysée : « Viens te mettre là devant tout le monde. » Et s'adressant aux autres :

« Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien, ou de faire le mal ? de sauver une vie, ou de tuer ? » Mais ils se taisaient.

 Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leurs coeurs, il dit à l'homme : « Étends la main. » Il l'étendit, et sa main redevint normale.

Une fois sortis, les pharisiens se réunirent avec les partisans d'Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr.


 

Marc 3,1-6

Le commentaire du texte

 

Voilà encore une controverse entre Jésus, les scribes et les pharisiens. Les autres épisodes de ce genre présentés plus haut dans l’évangile de Marc s’en tenaient à une opposition verbale, ici Jésus passe à l’acte.

Jésus est dans une synagogue (il n’est pas précisé laquelle), domaine privilégié des juifs pratiquants, lieu de la proclamation de la loi de Moïse. Cette fois les pharisiens cherchent à prendre en flagrant délit de violation de la Loi. Les termes sont durs, ils annoncent le procès qui sera fait plus tard à Jésus.

Le repos du sabbat rappelait la libération de l’esclavage du peuple au pays d’Egypte (Dt 5,12-15). Avec le temps l’esprit légaliste a transformé cette fête en contrainte : toutes sortes d’action étaient prohibées.

Ici Jésus entend faire de cette guérison d’un handicapé qu’il rencontre un exemple vivant du salut. S’il choisit le jour du sabbat, c’est pour montrer que le sabbat est donné par Dieu pour le salut et pour la vie.

Jésus convoque personnellement l’infirme qui est ainsi bien mis en évidence au milieu de la foule. Alors Jésus pose une question qui vise le sens même du sabbat : qu’est-il permis de faire le jour du sabbat ? de faire le bien ou de faire le mal, de sauver la vie ou laisser mourir ? D’emblée Jésus a posé une équivalence : faire le bien, c’est donner la vie ; faire le mal ; c’est donner la mort. Il contraint ainsi les pharisiens au silence, car ils se sont enfermés dans un système d’interdits qui oublie la véritable finalité du sabbat, et les conduits à exclure et donc à faire mourir. Le silence qui suiteremplit Jésus de fureur et de tristesse, mais il ne sa laisse pas arrêter par ce refus et d’un seul mot il rend au paralysé l’usage de sa main.

Jésus s’affirme donc en maître du sabbat, il montre qu’il sait parfaitement concilier le repos sacré et l’activité de salut qu’il tient de Dieu. Le jour du sabbat Dieu cesse de créer pour remettre à l’homme la responsabilité de sa création.

Le sabbat est fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat ! Si Jésus viole la Loi c’est pour mieux lui rendre sa pureté originelle..


 

Dès lors, le récit se conclut par une scène qui ressemble fort à un complot annonciateur de celui qui le conduira à la mort. Refuser de guérir, refuser d’aider à vivre, c’est prendre position pour la mort.

Le texte nous invite à vérifier nos pratiques et nos choix : nos habitudes et nos certitudes ne nous risquent-elles pas de nous enfermer en nous-même, et de devenir mortifaires ? Ne nous font-elles pas oublier que nous devons d’abord et toujours être attentif à l’autre, attentif au service quotidien de la vie ? Tel est le « culte spirituel » que Dieu nous demande.

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